Notre Marathon des Sables

INTRODUCTION : Merci à vous trois pour nous avoir fait partager votre marathon des sables, un exploit sportif mais aussi et surtout une belle aventure humaine. Vous nous avez fait vibrer et imprssionné par vos résultats. A vous lire, on en oublierait presque l’exigence et la difficulté de cette épreuve.
Bonne route et à très bientôt pour de nouvelles aventures.....
Carole

23ème marathons des sables

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Fabien, Marc et Claudio

Ce récit s’adresse à toutes les personnes qui nous ont soutenus (supportés parfois...) durant notre préparation et envoyés des mails pendant notre course. Il raconte la course en elle-même depuis le jour du départ de Paris à la ligne d’arrivée.

28 mars 2008, départ de Paris

Nous nous sommes rendus à Paris en TGV le jour précédent pour pouvoir assurer un départ en toute sérénité de l’aéroport Orly sud. L’hôtel où nous logeons a la très bonne idée de se trouver à côté d’un restaurant bondé. Après une demi-heure d’attente nous trouvons enfin une table. Je dois dire que ce restaurant en apparence anodin nous a servi des côtes de bœuf de 700gr. Il se trouve que c’est précisément sur ces côtes de bœuf monstrueuses que nous avons rêvés lorsque que nous préparions nos repas à base de poudre lyophilisée.
Le départ se fait sans encombre avec un avion de la compagnie Transavia, affrété spécialement pour le marathon des sables. Nous arrivons à Errachidia où nous patientons une bonne heure pour passer la douane. Le douanier n’a jamais dû voir autant de monde d’un coup !


Nous finissons notre voyage en car dans lequel nous recevons enfin le road book de l’épreuve. Road book très attendu, car ce n’est qu’à ce moment-là que nous apprenons la longueur des étapes. Et là, une surprise nous attend. Les trois premières étapes sont plus longues que prévu. Nous pensions tous qu’elles feraient trois fois trente kilomètres environ... En fait la première fait 31,6 Km, la deuxième 38 Km et 40,5 Km pour la troisième. Nous nous sommes alors dits : « De toute façon, s’il y a plus de kilomètres c’est que l’épreuve doit être plus roulante et plus facile... ». Nous avons vite déchanté.

Après deux heures de car, nous arrivons de nuit.

Nous devons trouver une tente de libre, prendre nos trois bouteilles d’eau réglementaires, et aller manger. L’attribution des tentes se fait par « quartier » en fonction des pays. Donc nous nous dirigeons vers le quartier suisse, la tente 69 fera notre affaire. Il y a déjà quatre sacs. Avec nous, la tente est complète. Evidemment personne ne parle français dans la tente. Nous avons mal regardé les quartiers et nous sommes du côté des « germanoanglophones ».

Le reste de la soirée se passe à faire la queue pour manger, avec un vent qui se lève et qui fait tout croustiller.

La tente gonflable où l’on sert le repas, nous fait bien rire à se dégonfler lorsque la génératrice tombe en panne... On ne peut décidément pas laisser ce trublion de sergent Nuss seul une minute !

29 mars 2008, contrôle technique

La première nuit dans le désert se passe bien. Le duo, matelas de sol « thermarest » version small et le sac de couchage « Millet xp500 » conseillé et sponsorisé par le magasin « Terre d’aventure » à Genève fait vraiment merveille... Encore un grand merci pour avoir cru en notre challenge.

La matinée est ensuite consacrée au contrôle technique pendant lequel nous faisons notre sac pour la course et nous rendons notre valise... Les sacs sont pesés grâce à un peson électronique que Claudio a pris avec lui. Nous avions tout calculé au gramme près pendant notre préparation à Genève, et je dois dire qu’il est très difficile d’être sous les 3,5 kg de matériel... Nous avons vraiment tout fait pour limiter le poids du sac, comme par exemple en ne prenant qu’une moitié de brosse à dent, ou encore en coupant le manche de la cuillère.

Le reste est uniquement dû à la nourriture... C’est là que tout se complique car nous sommes tous différents dans l’effort. Ce fut un vrai casse-tête pour estimer les dépenses énergétiques de la journée sachant que les grammes s’additionnent vite. Je peux vous assurer que notre principale préoccupation des trois derniers mois fut de tester les repas et les ravitaillements. Nous avons passé deux soirées à goûter différents plats lyophilisés (plats accompagnés de bon vin et d’un énorme panettone... Faut pas déconner quand même !).
Bref... Globalement je pourrais résumer ainsi le poids du sac : moins on mange et plus il est léger. Fabien est parti avec un sac de 7,5 kg Claudio avec un sac de 9,5 kg et moi 8,5 kg.
Cela peut paraître léger mais il faut rajouter une bouteille d’eau de 1,5 litres, et je peux vous assurer qu’un kilo de différence est énorme... Surtout au bout de quatre heures de course !

Nous prenons enfin possession de notre dossard et l’organisation nous donne une fusée de détresse ainsi que des pastilles de sel. Nous devons encore passer devant le médecin pour présenter l’électrocardiogramme obligatoire avec le certificat médical. Nous trouvons ce contrôle technique un peu léger car le matériel obligatoire n’est pas vérifié. Nous devons juste faire une déclaration sur l’honneur.
Il faut quand même savoir que plusieurs personnes n’ont pas pu participer à la course pour ne pas avoir présenté un électrocardiogramme daté !
Le reste de la journée se passe à attendre les repas, puis un briefing à 17h pour nous donner toutes les précisions nécessaires à la course. Notamment une démonstration pour l’utilisation de la fusée de détresse... La première n’est d’ailleurs jamais partie, il en a fallu une deuxième.

30 mars 2008, 1ère étape : 31,6km

C’est le grand jour et le début de l’autonomie alimentaire ! Désormais tous les coureurs se lèveront avec le soleil, c’est-à-dire vers 6h00. Et tous les jours, à peine réveillé, une bande de marocain nous démontera la tente sur la figure. On s’habituera vite.
Ce matin-là, comme nous ne portons pas ce que nous mangeons, le petit déjeuner est copieux.
Le vent est aussi de la partie, il nous refroidit, nous ensable, nous agace, et nous nous demandons déjà un peu ce que nous faisons là...

Puis vient le départ. Selon le road book nous commençons par 12 Km de dunes... A part Claudio, personne n’a jamais vraiment couru sur le sable. Nous ne sommes pas inquiets mais plutôt curieux de voir...
Ben c’est bien comme on nous l’avait dit : cassant, très instable par moment et surtout on avance pas. Le premier Check Point (CP) à 14km est atteint avec Claudio en deux heures ! Vient ensuite un long plateau caillouteux. Une ligne droite de 10km... Je m’arrête pour enlever l’elasto que j’avais mis sur mes pieds en prévision des cloques. Pas de bol, c’est cet élasto qui me cause maintenant des frottements. Claudio continue sans moi et je le reverrai au campement.

L’étape se termine par deux kilomètres de dune où nous croisons déjà des concurrents dans le rouge... Les dunes ont fait des dégâts.
Après cette étape, ce sera la première chose que nous regarderons dans le road book. C’est une phrase que l’on entendra toute la semaine : « il y a combien de dunes demain ? ». C’est avec la fin de la première étape que sont venues les premières crampes aux aducteurs. Une première pour Fabien et pour moi... Au total, nous avons fait 1140m de dénivelé dans les dunes avec une température moyenne de 30 degrés.

Fabien boucle l’étape en 3h49 (48ème), Claudio en 4h17 (91ème), moi en 4h36 (142ème).

Il n’y a aucune cloque dans l’équipe à l’issue de cette première étape... On y croit... Nous pensons encore pouvoir passer à coté...
A l’arrivée, nous récupérons trois bouteilles d’eau et pas une de plus. Nous devons tout faire avec jusqu’au lendemain 9h. Autant dire que l’on ne perd pas de temps sous la douche.
La première chose que nous faisons en arrivant d’une étape c’est de manger... Si possible dans la demi-heure. Chacun va chercher du bois pour le feu et nous mangeons notre repas de récupération.

Un grand merci à Fabien qui arrive le premier et se charge de la corvée du bois.
Nous allons ensuite vers la tente où se trouve une dizaine d’ordinateurs pour envoyer des mails. Nous ne pouvons envoyer qu’un mail par personne et il faut ensuite refaire la queue pour en envoyer un autre. La file d’attente est en plein soleil et dure en moyenne 45 minutes. Je suis chargé de faire transmettre le mail à Carole Lauk pour qu’elle puisse alimenter le site de « courir ensemble ». Je me trompe dans l’adresse de la messagerie, oubliant un point, de sorte qu’elle ne recevra aucune nouvelle de notre part... Je suis désolé Carole, c’est de ma faute...
Pour le reste de la journée nous revivons l’étape dans la tente, nous découvrons dans le road book le parcours du lendemain en nous disant que demain sera plus roulant... Je crois que le dernier est arrivé vers 19h, ça lui laisse très peu de temps pour récupérer. Nous, nous sommes déjà en train de manger. Vers 20h le facteur arrive avec les mails de la tente. Ils nous font très plaisir et plus les jours vont passer, plus ils seront attendus impatiemment.
Nous nous coucherons en général entre 20h et 21h...

31 mars 2008, 2ème étape : 38km

Personne ne fait du feu le matin sauf moi car pour 52 grammes (avec sucre) j’ai pris le luxe de prendre du café ! Je ne sors même pas de mon sac de couchage pour allumer mon réchaud !
Nous sommes rarement stressés le matin, globalement nous avons le temps de nous préparer tranquillement. Pour le déjeuner, nous avons pris de la poudre « Overstim’s 640 » qui a l’avantage d’être copieuse et de se diluer très facilement dans une bouteille d’eau. Claudio et moi avons rajouté du müseli pour avoir un petit côté solide assez agréable. Nous avons en général 100gr de petit déjeuner par jour.
Chacun prend le temps de s’occuper de ses pieds avant d’enfiler ses baskets. Aujourd’hui je pars sans élasto sur les pieds puisque hier j’ai fini par l’enlever pendant l’étape.

Vient le départ... 38km avec peu de dune. C’est aujourd’hui que nous allons nous rendre compte qu’il n’y a pas que les dunes pour nous ralentir. Il y a aussi les oueds, des lits de rivières asséchées constituées pour la plupart de sable et de gros cailloux. Le problème des oueds c’est que le sable n’a jamais la même densité. A chaque pas, nous ne savons pas si nous allons nous enfoncer. Il y a aussi des pistes caillouteuses, où nous sommes obligés de regarder où poser le pied tellement les cailloux sont gros. Bref c’est aujourd’hui que nous remarquons que le terme roulant n’est pas vraiment adapté au désert...
L’étape ne se passe pas trop mal. C’est aussi le début des cloques pour moi. Je m’arrête au premier CP pour qu’un toubib me mette de l’elasto sur les pieds... Je me dis que ce sont mes pieds qui vont me permettre d’arriver au bout. Je décide donc de perdre du temps pour eux pendant l’étape. Avec le recul, je me dis que de un, j’ai perdu du temps et de deux, j’ai quand même eu des cloques.

L’étape est une succession de dunes éparses, de terrains vallonnés et caillouteux. L’épreuve se termine par une montée de 300m sur le jebel El Habet. Celle-ci nous fait presque plaisir car la journée a été très plate et nos jambes sont absolument heureuses de fournir un autre type d’effort.

Le dernier CP est situé 4,5km de l’arrivée et se situe juste avant la montée. Comme à chaque étape, ce sont les derniers kilomètres qui sont les plus longs. Nous pouvons rêvasser pendant toute la course mais ces derniers fichus kilomètres sont systématiquement là pour nous rappeler que l’on en a plein les baskets et plein le dos...

Fabien boucle l’étape en 4h23 (68ème), Claudio en 4h32 (87ème), moi en 4h52 (122ème)

Le reste de la journée est consacré à récupération et les automatismes sont déjà là : manger, s’occuper des cloques, envoyer un mail, et de nouveau nous revivons l’étape sous la tente. Nous nous disons bien sûr, mais cette fois pour rigoler, que l’étape de demain sera plus roulante !
J’ai aussi la très bonne idée de crever avec mon couteau suisse mon matelas de sol. Je me revois dire à Frank (du magasin « Terre d’aventure ») que nous n’avons pas besoin du kit de réparation. C’est trop lourd et inutile... Comme quoi il est toujours utile d’écouter les conseils des spécialistes...

01 avril 2008, 3ème étape : 40.5km

Ce matin deux des quatre autres personnes de la tente abandonnent... Nous n’avons pas vraiment compris pourquoi. Pas de pied exagérément décomposé, ils sont arrivés hier soir vers 18h, il me semble (9h de marche tout de même).
Nous ne nous sommes pas liés d’amitié avec eux, nous n’avons pas eu le temps. De plus, la barrière de la langue était bien présente.
La théorie voulait que nous nous économisions les trois premiers jours, ceci afin d’être le plus frais possible pour la grande étape... C’est dans cette optique que le départ a été pris après la traditionnelle photo du numéro 23 depuis l’hélicoptère.
Je me rappelle très bien de cette étape car elle a été la plus dure pour moi. Tout d’abord la fatigue commence à se faire sentir. Puis je me souviens d’un moment de chaleur assez intense sans vent. La température était écrasante. Malgré la casquette prévue pour être aérée au maximum, j’ai eu l’impression que ma tête chauffait sans cesse. J’ai décidé de finir l’étape en faisant une marche forcée. Celle-ci a été assez efficace car je me suis fait dépasser par une dizaine de coureurs, pas davantage. Ce qui reste assez démotivant quand même...
De plus, l’étape est longue, et il y a des petits passages de dunes qui mis bout à bout représentent plus de douze kilomètres.

Je suis arrivé au bivouac avec une grande démotivation car j’ai fait 5h46 pour 40km... Je suis mort, avec l’impression de n’avoir rien géré du tout. Et demain nous repartons pour 75km !
Par ailleurs, à chaque fois que j’arrive au bivouac, Fabien et Claudio sont déjà couchés sur leur matelas, me disant chaque fois qu’ils viennent d’arriver : « Vingt minutes grand maximum » me disent-ils. Le classement provisoire me montre le contraire... Bande de margoulin !
La motivation revient en général après une heure. Tout d’abord parce que nous rigolons bien sous la tente, et ensuite, parce que nous voyons arriver tout au long de la journée des concurrents visiblement plus mal que nous. Je relativise alors mes petite cloques ( trois de plus aujourd’hui).

Fabien boucle l’étape en 4h49 (50ème), Claudio en 5h06 (69ème), moi en 5h46 (141ème)

C’est à la fin de cette étape que nous avons fait réellement connaissance avec les deux autres personnes qui partageaient notre tente. Le premier est suisse allemand, Hubert. Il a cinquante ans et travaille dans les impôts (la TVA il me semble). Il ne parle pas si mal le français. Il a aussi un enfant.
Le second vient du Danemark. Il s’appelle Jack et il a 35 ans. Il travaille dans l’informatique et ne parle pas si mal le français non plus. Il nous dit qu’il a quatre enfants. Fabien lui demande s’il n’y a rien à la télé le soir au Danemark...

02 avril 2008, 4ème étape, 75.5km

Le petit déjeuné change aujourd’hui. Nous allons garder la portion d’Overstim’s 640 pour le soir et manger une bonne portion de pâte le matin. Comme cela nous ne perdront pas de temps ce soir à cuisiner (surtout chercher du bois de nuit). Nous prévoyons également d’arriver un peu crevé.

Très longue étape aujourd’hui. Le départ se fera en deux vagues. Tout le monde part à 9h15 sauf les cinquante premiers hommes et les cinq premières femmes qui partiront eux à 12h15. Fabien qui voulait être à l’issu de la troisième étape 51ème sera quand même dans la deuxième vague. Il a le droit de se reposer jusqu’à midi le veinard...

Claudio décide de m’accompagner au moins au début de l’étape. D’ailleurs nous ne visualisons que l’arrivée du prochain CP, jamais l’arrivée au bivouac. Il y aura six CP en tout... Donc nous partons pour 12km500, puis nous repartons pour le suivant et ainsi de suite... Le premier CP passe par une montée assez courte mais raide (25% de pente en moyenne jusqu’au sommet). Les montées ne sont pas un problème, un grand merci au Salève pour nous avoir fait faire quelques dénivelés...

Il y a la queue pour la montée et à part quelques personnes qui s’amusent à dépasser, toute la montée se fait à la queue leu leu. Nous profitons de la descente pour laisser aller un peu les jambes ce qui fait que nous dépassons une quinzaine de personne... C’est toujours ça !

Nous arrivons assez vite au premier CP. Etant donné que les cinquante premiers ne sont pas encore partis, nous nous retrouvons relativement en tête. Nous n’aurons donc pas beaucoup de monde devant et derrière nous et il n’y a pas foule sur le plateau de 10km500 que nous traversons... C’est très motivant.

Nous ne traînons pas au CP, juste le temps de changer de bouteille d’eau, parfois vider le sable des chaussures,

avaler des pastilles de sel (une vingtaine pendant cette journée), et nous repartons... Mon ravitaillement est réglé comme une horloge. Je dois manger une power barre entre chaque CP, si possible en deux fois. Puis un gel à chaque CP. J’ai en plus deux fois cent grammes d’Overstim’s que je vais diluer dans ma bouteille d’eau avant d’arriver à un CP, le tout en avançant pour ne pas perdre trop de temps.

Et de CP en CP le temps passe et les kilomètres aussi. Claudio et moi courons ensemble. J’ai le moral. C’est plus facile de courir à deux.
Les paysages sont vraiment magnifiques et nous ralentissons de temps en temps pour prendre des photos.
Puis entre le CP3 et le CP4 nous traversons un lac asséché. Le terrain est dur et roulant. Mais le soleil tape terriblement et il nous force à ralentir. Nous commençons à regarder combien nous avons encore d’eau... Je mets une pastille d’Isostar dans ce qu’il me reste, c’est un vrai délice. Nous sommes assez contents d’arriver au CP4 sur un petit monticule au milieu du lac, kilomètre 46,5. Plus que 29km nous dit-on... Merci pour le renseignement. Une bouteille d’eau et nous repartons un peu au ralenti je dois dire... Les jambes commencent à être lourdes.
Le reste de la course sera très pénible car elle va se faire sur des bosses de sable avec de l’herbe à chameau.

Le terrain est très accidenté, il est impossible de poser le pied correctement et d’avoir des appuis stables. Nous nous mettons à marcher car nous avançons presque plus vite comme ça.
Nous nous faisons dépasser au CP5 par les trois premiers du classement qui nous ont rattrapé. Nous venons de nous prendre trois heures dans les dents.

Depuis hier nous pensions avoir vu un peu tous les terrains possibles dans le désert. Nous redoutions les dunes et les oueds, les terrains plats caillouteux. Quoi de pire ? Nous pensions avoir tout vu...
Ben non... Nous nous en rendons compte au kilomètre 56 avec l’entrée dans un champ de végétation d’oued avec de la terre battue et des cailloux, plus ou moins accidenté le tout avec des dunettes éparses... La totale. Nous regrettons presque les dunes du premier jour. Cela va durer 13 kilomètres !

Puis vient la nuit... L’organisation nous a donné un cyalume que nous devons accrocher derrière le sac. Nous allons passer une petite heure dans la nuit. C’est très bien balisé, nous ne pouvons pas nous perdre.
Claudio a mal à un genou, il décide de finir l’étape en marchant. Moi je le suis mais je peine rapidement. Il marche trop vite, il est plus grand que moi et je commence à être vraiment fatigué. La devise étant « s’arrêter c’est mourir » je décide de courir à coté de lui. C’est marrant avec le recul mais sur le moment nous étions un peu dans un état second, il fallait arriver vite.
Vient ensuite la vision du campement de nuit avec l’impression d’avoir passé le plus dur du marathon. Nous passons l’arrivée à 19h53 après 10h38 de course (82ème de l’étape) avec une seule idée en tête, se reposer.

Je suis arrivé avec les jambes mortes dans un état lamentable. J’ai mis un quart d’heure pour enlever mes chaussures et mes chaussettes. Plus question de me relever pour quoi que ce soit, dès que les jambes se sont refroidies.

Nous mangeons notre petit déjeuner et nos blévitas et nous attendons Fabien qui arrive à 21h 45 après 9h32 de course. Il est 46ème.Petit plaisir de la journée : je suis dans mon sac de couchage quand il arrive.

Les arrivées vont s’échelonner sur la journée de demain sachant que le temps limite est de 32 heures. Nous dormons pour récupérer le plus possible. Demain est un jour de repos puisque l’étape est finie pour nous. Il n’y a pas de mail ce soir, la poste est en grève !


03 avril 2008, journée de repos pour nous...

La journée est consacrée au rétablissement des pieds. Nous nous occupons de nos cloques, nous mangeons en nous disant que demain c’est quasiment la dernière étape.

Vers midi nous recevons nos trois bouteilles d’eau qui nous serviront jusqu’à demain matin. Nous pensions faire un brin de toilette mais nous décidons plutôt de faire une mini lessive pour enlever le sel qui rend nos vêtements cartonneux. Nous les faisons tremper dans une bouteille puis sécher au soleil.
A deux heures nous changeons nos dossards qui ont souffert des quatre premières étapes et comble du raffinement l’organisation nous offre une petite cannette de Pepsi. Qui a dit que le Marathon des sables est en total autonomie ? Pendant toute la journée nous croisons des participants qui arrivent de l’étape. Ils n’auront pas une journée de repos.

C’est vers 16h que l’organisation nous annonce par haut parleur que le dernier coureur est en train d’arriver. Tout le monde se rend vers la ligne d’arrivée pour l’accueillir en l’applaudissant. Le chameau balai ferme la marche, tout le monde est rentré au bivouac.

Nous allons voir les résultats de l’étape d’hier et nos classements dans la course. Nous passons de la 9ème place par équipe à la 6ème. Nous avons également tous progressé dans le classement individuel.
Je suis sous la barre des cents et je dois dire que ça me motive énormément.

Ce soir l’organisation a fait venir l’Opéra de Paris. Il est assez irréel d’être en plein désert, sale, cloqué, crevé, et d’écouter de l’Opéra.

04 avril 2008, 5ème étape : un marathon

Ce matin, les jambes sont lourdes pour tout le monde. C’est la dernière grosse étape, nous avons tous conscience que le Marathon des sables touche à sa fin. C’est dans cette étape que nous allons gagner ou perdre des places dans le classement général. Les coureurs n’ont plus rien à perdre, tout le monde peut se donner et se laisser aller dans cette étape. Les 17 kilomètres de course de demain ne comptent pas.
Pour ma part, j’ai quatre minutes à prendre sur le centième... C’est réalisable sur 42 kilomètres. La barre des cents a été ma motivation sur cette étape.

Je décide de coller Claudio comme pour l’étape précédente, toujours avec comme vision d’arrivée le prochain CP. Au bout de sept kilomètres, son genou le lance et il ralentit pour s’économiser. Mes jambes lourdes du départ se font plus légères, et je décide de tenter ma chance tout seul.
Je rattrape Fabien juste après le premier CP dans une montée. A ce moment je suis très content de l’avoir rejoint. C’est la première fois que je le vois courir. Vu que je me sens bien je profite de la descente pour appliquer la théorie très controversée (n’est-ce pas Fabien) qui dit que c’est en descente que l’on dépasse les autres coureurs. Je continue la course tout seul en me disant que je finirais bien par être cassé à un moment donné et que je n’aurais qu’à marcher à ce moment-là.
Puis de CP en CP j’avance toujours. C’est après le troisième ravitaillement au kilomètre 34 environ, sur une immense ligne droite caillouteuse que j’ai eu mon passage à vide.
Je me mets à courir au ralenti. Je n’avance plus. Il n’y a personne devant et derrière moi.
J’applique le mot d’ordre de Claudio : « s’arrêter c’est mourir ». Je prends juste le temps de sortir mon road book pour me situer et surtout situer le bivouac.
Je me retourne souvent pour éviter de me faire dépasser. Un concurrent me rattrape gentiment et je finirai au sprint pour ne pas me faire dépasser.
Je suis arrivé complètement épuisé, heureux mais épuisé. C’était mon étape.

Je boucle l’étape en 4h31 (62ème), Fabien en 4h37 (69ème), Claudio en 4h38 (72ème)

Je me fais un devoir d’aller chercher du bois comme ils l’ont fait pour moi les étapes précédentes mais il n’y en a pas. Pas grave, je démonte les piquets des tentes en bois des voisins qui ne sont pas encore arrivés... Je plaisante bien sûr !
Ce soir c’est la dernière fois que nous recevons des mails. Ils nous ont suivis pendant toute la semaine. Ils étaient très attendus tous les soirs, ils nous ont bien remonté le moral. Nous nous sentions moins perdus au milieu du désert. Encore un grand merci à toutes les personnes qui nous ont écrit.

Nous passons la dernière nuit dans le désert en rêvant à l’hôtel et à la douche du lendemain.

05 avril 2008, 6ème et dernière étape : 17.5 km

Nous nous levons comme d’habitude, sauf qu’aujourd’hui personne ne nous démonte la tente sur la figure. Plus besoin de les remonter à l’arrivée.
Nous savons que les dix-sept derniers kilomètres vont se faire à fond. Ce qui est quand même étonnant sachant que nous avons déjà 228km dans les jambes.

Tout va très vite quand le départ est donné. J’essaye assez rapidement de retrouver mes jambes d’hier et je tente une échappée. Je me ferai rattraper dans les cinq minutes par Fabien puis par Claudio. Nous passons avec Claudio le premier et le seul CP ensemble mais il va trop vite et je n’arrive pas à le suivre. Le ton est donné, l’étape sera rapide. Fabien ne s’arrêtera même pas au CP.
Vient l’arrivée. Là aussi tout va très vite. Juste le temps de passer la ligne que le directeur de course, Patrick Bauer en personne, nous remet la médaille finisher. Puis nous prenons une photo de l’équipe et il est déjà l’heure du départ en car pour Ouarzazate.

C’est dans le car que l’on se rend compte que c’est bel et bien terminé...

Fabien boucle l’étape en 1h29 (38ème), Claudio en 1h36 (81ème), moi en 1h38 (88ème).

Au classement général, Fabien finira avec deux ongles en moins et quelques cloques (40ème place). Claudio se contentera de dix cloques et d’une tendinite au genou (75ème ). Je finirai avec treize cloques, une plaie sur la hanche due au frottement du sac (89ème ). L’équipe pompier pro finira quant à elle 7ème sur 50.

Finalement, 802 participants ont pris le départ de la course le premier jour et 56 ont abandonné.

Remerciements :

Pour nos amies qui nous ont supportés pendant la préparation de la course. Quand à la maison nous parlions sans cesse de la dernière trouvaille, du dernier briquet acheté dans la journée qui nous faisait gagner 7 grammes...

A la ville de Genève et à la banque Rothschild pour leur soutien financier.
Au magasin « Terre d’aventure » pour ses conseils et pour nous avoir permis de dormir le plus confortablement possible.

A l’association « courir ensemble », et à Carole Lauk pour avoir cru en notre projet.
A toutes les personnes qui nous ont envoyé des mails pendant la course.

A nos collègues qui voulaient courir sur le tapis de la caserne deux et qui gentiment nous laissaient la place...
A tout ceux qui n’on jamais compris pourquoi nous allions faire cette course mais qui nous ont quand même soutenus.