Courir...Ensemble pour Julien à Meinier
JPEG -

Samedi 2 mai, 13h20, le coeur battant, je me rends au départ de Courir...Ensemble pour Julien, la course que j’attends depuis de nombreux mois.

Je me retourne et je me retrouve face à une vague jaune surmontée de dizaines de ballons, des visages heureux, des éclats de rire, des sourires connus, d’autres anonymes, alors l’émotion est trop grande, mes jambes tremblent et je prends sur moi pour ne pas me laisser submerger par les larmes. Heureusement, l’épaule solide de mon mari n’est pas loin.

Avant de vous décrire la suite de la journée, il faut que je revienne sur l’histoire et la somme d’énergies qui ont contribué au succès de Courir...Ensemble pour Julien.

Tout commence, comme souvent, par une rencontre, celle de Christian Blanc a été déterminante. Pompier, coureur et membre du comité de Courir pour aider, une course organisée chaque année à Meinier au bénéfice d’une association. J’y suis allée il y a deux ans et j’en rêvais déjà, tout m’avait conquis, le lieu, l’esprit, le parcours et l’engagement de tout le village.

Puis Christian proposa Courir...Ensemble à son comité, je défendis notre dossier, comme aux JO, avec Claire et nous avons été choisi pour la 25ème édition. Plus de dix huit mois à en rêver, Meinier envahit par les étoiles jaunes.

A cette époque j’ai de la peine à surmonter ma tristesse et ma colère car Julien, merveilleux petit bonhomme de trois ans et demi, nous a quitté mais, petit à petit, les pièces d’un merveilleux puzzle commencent à s’assembler dans ma tête.

Une course rassemblant toutes les énergies de Courir...Ensemble, les enfants et les ados, les familles, les médecins, les infirmières, les coureurs en jaune quel que soit leur niveau et tous ceux qui auraient envie de se joindre à nous.

JPEG -

Oui mais pas une course au sens performance, une course sans chrono, pour le plaisir, pour accompagner ceux pour qui marcher un kilomètre représente une magnifique victoire sur eux-même.

Souvent, avec Julien, nous regardions Georges qui jouait au foot dans le jardin de la pédiatrie et je devais tout lui expliquer, enfermés derrière les vitres de sa chambre stérile. J’en ai passé des heures assise par terre à commenter les exploits du grand Georges et souvent je me retenais pour ne pas briser cette vitre, prendre la main de Julien pour aller courir et shooter le ballon, le faire rouler sous les baraquements et l’entendre rire aux éclats en voyant les efforts de Georges, couché par terre, pour le récupérer.

Jamais je n’ai eu la chance de voir Julien courir en liberté dans l’herbe alors cette course devait lui être dédiée et lui ressembler.

Tout de suite sa famille m’a suivi et c’est ensemble que nous avons croisé les doigts en espérant que les organisateurs de Courir pour aider accepteraient de modifier leur programme en y incluant notre course.

Avec gentillesse et beaucoup de générosité tout a été organisé au mieux pour nous. Cette fois l’aventure pouvait commencer, Courir...Ensemble pour Julien aurait lieu le 2 mai 2009.

JPEG -

Nous sommes seulement en septembre 2008, que le temps me semble long et pourtant ces quelques mois vont passer très vite.

Tout de suite, les ados qui sont venus en Corse répondent présents et toutes les familles à qui je parle de notre projet se montrent enthousiastes.

Dans un coin de ma tête, je me suis fixée le nombre de 50 partcipants, au-delà ça serait une belle réussite, c’est le pont du 1er mai et je sais que motiver les gens n’est pas facile.

Durant les semaines qui précèdent je me rends compte que l’idée de Courir...Ensemble pour Julien séduit de plus en plus de monde.

Avec Bruno Fries, responsable des inscriptions nous sommes reçus tout d’abord à Radio Cité, puis sur Léman Bleu. Les hockeyeurs du Genève-Servette m’annoncent qu’ils seront avec nous, puis les footballeurs du Servette FC se joignent à l’évènement.

Nos parrains et marraines seront là, et puis celle dont la présence me comble, Maguy, la maman de Tiffany qui tient à s’occuper de notre stand, mais, absorbée dans le stress de l’organisation et à peine de retour d’un marathon, je ne réalise pas l’ampleur de la participation et c’est un appel de Bruno la veille de la course qui va commencer à me faire prendre conscience de ce que nous allons vivre à Meinier.

Enfin le grand jour, je n’ai pas bien dormi mais je sais qu’il fait beau car depuis le début de cette aventure j’ai toujours dit que tous ceux qui allaient courir avec nous de là-haut allaient écarter les nuages. Le soleil brille, comme prévu.

Ce matin, pas de sms au réveil, tout le monde est en forme. La veille j’ai pris des nouvelles de Mehdi qui sera notre meneur d’allure, il va bien ! Tellement de mois qu’il espère participer, tellement de vendredis durant lesquels, alors qu’il est allongé sur son lit de douleur je lui parle sport, sa grande passion.
A Noël, c’est aux soins intensifs que je lui ai offert son maillot jaune en lui promettant la ligne d’arrivée de Meinier.

Nous arrivons sur place, déjà les marcheurs sont en action. Le temps d’installer notre stand que les visages connus arrivent.

JPEG -

Certains n’ont pas hésité à venir du Valais, du Val de Travers, du canton de Vaud pour se joindre à nous.

Vanesa a plusieurs heures d’avance. Elle aussi attend ce moment depuis longtemps. Cindy, Emma, Audrey vont la rejoindre pour en découdre avec ce kilomètre avant de vivre d’autres aventures en Corse en juillet prochain.

Nos amis sportifs arrivent, les joueurs de foot d’abord et avec eux, un invité surprise de taille, le Président du Servette FC, Monsieur Majid Pishyar, à peine arrivé de Dubaï a décidé de participer lui aussi.

Puis c’est au tour des hockeyeurs. C’est bizarre de les voir « en vrai » sans leur équipement après les avoir tant de fois encouragés aux Vernets.

Il est temps de nous rendre au départ. Les ballons jaunes que nous avons souhaité comme autant de clins d’oeil pour ceux qui ne sont pas avec nous dansent aux poignets des enfants.

C’est à ce moment là que je vais me retourner et recevoir un immense coup au coeur. Nous sommes 220 à Courir...Ensemble pour Julien, ma course, celle que j’ai inventée à l’image de Juju ! Incroyable, inespéré, à la fois une gigantesque récompense pour le travail de ces dernières années et un formidable encouragement à poursuivre l’aventure.

JPEG -

Mon regard croise celui de Nathalie, la maman de Julien, passe de Mehdi aux enfants, à mes filles venus accompagnées de leurs amies, tout est magique, je n’ai qu’une envie, que le temps s’arrête !

Mais déjà Camille et Marie, les soeurs de Julien sont prêtes à donner le coup de pistolet du départ. Les couples sportifs sont formés, mes ados sont confiées à Nazare et Isabelle avec qui je suis certaine qu’elles vont bien rigoler, Emma est emmenée par Cédric, Olivier Marchon va marcher avec Mehdi et les sportifs des deux Servette sont bien entourés.

Nous sommes partis, tous derrière Mehdi. Il m’a pris la main et je sais que c’est ensemble que nous allons marcher. Certains enfants veulent courir et c’est dans un joyeux mélange de rire et de joie que notre cortège démarre.

Mon cœur frappe très fort dans ma poitrine et pourtant je marche. De temps en temps je me retourne et j’ai de la peine à croire ce que je vois. Tant de monde en mémoire de Julien et pour donner un message fort à tous ceux qui se battent. A ce moment j’ai une pensée pour ceux que j’ai quitté la veille en pédiatrie et tous ceux que leur santé empêche d’être de la fête.

Cette maladie, comme toutes les autres, isole terriblement et pouvoir dire aux enfants, aux familles, regardez, vous n’êtes pas seuls, quel magnifique message d’espoir.

Mehdi avance avec courage, je sais que d’autres derrière se battent également pour terminer ce kilomètre mais déjà la ligne d’arrivée approche. Nous sommes rejoints par les parents de Julien et c’est ensemble que nous terminons notre course.

JPEG -

Marie aura un geste qui me touchera en me mettant autour du coup l’écharpe de soie peinte par Julien.

Pas le temps de trop réfléchir, il faut rassembler tout le monde sur le terrain de football pour la photo, immortaliser ce moment unique. Chacun joue le jeu et nous en profitons pour remettre à Mehdi la médaille du courage car l’enfer il l’a connu et affronté avec une force et une foi en l’avenir qui m’ont profondément émue. C’est très touché qu’il recevra ce modeste témoignage et me dira très vite : c’est quoi la prochaine course ?

Durant toute la journée se sont succédées les course chronométrées et, quand le 10km arriva, j’appris qu’il n’y avait plus de dossards, nous avions explosé le record !

Ce fut ensuite un gargantuesque risotto qui nous rassasia avant de nous déhancher sur la piste de danse, de perdre notre voix en chantant et de retrouver nos foyers au petit matin épuisés mais conscients d’avoir partagé un bonheur unique et précieux.

Je tiens à remercier du fond du coeur tous ceux qui ont fait de cette journée un souvenir inoubliable pour tous :

- Les enfants, leurs familles, les tatas, les tontons, les parrains et les marraines, les grands-parents et les amis, unis contre la maladie et dans la joie de cette journée.

- Le créateur de Courir pour aider, Monsieur Gremion pour sa chaleur et son enthousiasme.

JPEG -


- Tout le comité de Courir pour aider avec une mention spéciale pour Bruno qui a terminé en beauté sa carrière de responsable des inscriptions.

- Tous les bénévoles pour leur gentillesse et leur sourire, toutes les mamans qui ont animé notre stand et tous les « gonfleurs de ballons ».

- Un merci tout particulier à Nathalie, Stéphane, Camille, Marie, Maguy, Claire, Didier, Marie-Claude, Serge et Julien, les familles de Julien, Tiffany, Sébastien et Adrien que nous avons tant aimé et qui nous ont quitté mais qui étaient présents si fort dans nos cœurs et dans chacun de nos pas. Merci de continuer la route avec nous.

- Aux infirmières qui, chaque jour, exercent leur métier en oncologie pédiatrique avec compétence et amour.

- A tous ceux qui ont choisi de courir pour notre association et qui nous représente dignement sur les courses de Genève et d’ailleurs.

- A tous ceux que je ne connais pas et qui ont rejoint la grande famille de Courir...Ensemble.

- Merci au comité du GSHC pour leur soutien fidèle et aux joueurs pour leur présence et leur gentillesse.

- Aux joueurs et aux représentants du Servette FC qui ont également tenu à s’associer à nous malgré un match important le soir même. Un merci spécial à David pour son écoute et sa disponibilité.

- Monsieur Pishyar pour sa présence, sa gentillesse et sa patience avec mon anglais scolaire.

- Merci à mes compagnons de la première heure, ceux qui connaissent mes joies et mes peines, partagent les rires et les larmes qu’une aventure humaine riche comme Courir...Ensemble ne manque pas de provoquer.

- Et enfin merci à ma famille, celle du sang, Fanny, Morgane et Vincent, mes moteurs, mon Roland et celle du coeur qui se reconnaîtra.

- Un coucou spécial à Manu qui, au retour de la course a voulu se frotter d’un peu trop près à une Porsche Cayenne et à qui je donne rendez-vous très bientôt sur ses deux jambes.

JPEG -

Que cette journée magique puisse à tous nous donner l’envie de nous battre encore et toujours pour ces enfants d’amour et de lumière.



Carole